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CROISSANCE ET COMPETITIVITE DE L'AGRICULTURE : L'information de marché, vecteur déterminant

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Pour extirper leur agriculture de la crise et la développer durablement, les vingt pays membres de la Conférence des ministres de l'Agriculture de l'Afrique de l'Ouest et du Centre (CMA/AOC) , doivent absolument intensifier les échanges intra - régionaux en vue de construire un véritable marché agricole, améliorer leur productivité et la compétitivité extérieure de leurs produits d'exportation dans le respect de normes internationales de plus en plus contraignantes. Pour ce faire, l'information de marché fait partie des vecteurs essentiels.

 

Chaque jour plus pourvu, diversifié , ouvert et exigent , de l'échelle locale à l'international, le marché des produits agricoles a, globalement atteint un degré de développement et de complexité tel que l'information est l'une de ses denrées les plus précieuses. L'accroissement des échanges et l'âpre bataille de positionnement entre produits et services concurrents dont il est le théâtre, font que meiux on est informé sur ses besoins ,tendances et normes, plus on arrive à y retrouver ses marques, à tirer son épingle du jeu. L'information de marché constitue un outil stratégique dont chaque acteur doit disposer en temps réel pour prendre la bonne décision à chaque fois que de besoin. Elle est , en ce sens, cruciale et vitale aussi bien que pour les décideurs politiques que pour les acteurs économiques. Elle est , pour les premiers, indispensables dans l'élaboration de stratégies pertinentes, efficaces. Sans elle, c'est-à-dire une bonne connaissance de la demande et des tendances des marchés , les producteurs et commerçants sont , à leur tour ans l'impossibilité d'optimiser leurs activités, de conserver ou élargir leurs parts de marché, de faire front à la concurrence. Un bon système d'information a l'avantage de rendre le marché transparent et d'améliorer son efficacité du fait d'un meilleur arbitrage, et de créer les conditions d'un accès égal aux nouvelles opportunités qui s'y offrent. Ensuite, il renforce les capacités des décideurs pour une meilleure gestion de la sécurité alimentaire. C'est ainsi qu'un certain nombre de systèmes d'information de marché (SIM) ont été expérimentés au cours de ces dernières années, en Afrique de l'Ouest principalement, dont les quelques exemples ci-après. Au Sénégal, l'Agence de Régulation des Marchés (ARM) fournit, par voie de presse et de radio, des données de production, d'importation et d'exportation sur les filières riz, maïs, oignon et tomate. MANOBI un SIM privé, spécialisé dans la pêche et l'horticulture depuis 2003 propose des informations relatives aux prix en temps réel, à des offres et alertes. Grâce à « Xam Marsé », le système d'information sur les marchés par GSM et Internet développé par MANOBI depuis mai 2005, les agriculteurs, les commerçants, les hôteliers, ou les ménagères sénégalaises peuvent recevoir chaque matin sur leur téléphone un SMS les informant sur le prix de leur produit de pré férence sur le marché de leur choix.

En Côte d'Ivoire, le SIM de l'Office d'aide à la Commercialisation des Produits Vivriers (OCPV) et l'Association des Organisations Nationale Professionnelle Agricoles de Côte d'Ivoire (ANOPACI) échangent leurs données sur les prix hebdomadaires, et coordonnent leur diffusion avec les 20 Points d'Informations Villageois (PIV) et les radios nationales et locales. Au Niger, le SIM Bétail du Niger collabore avec l'Association pour la Redynamisation de l'Elevage au Niger (AREN) pour la formation des enquêteurs, la rédaction et la diffusion des flashes infos hebdomadaires sur papier et par les radios rurales et communautaires. Au Mali, L'Observatoire du marché agricole (OMA) né de la restructuration du Système d'information des marchés céréaliers recueille et diffuse hebdomadairement les prix de différents produits agricoles, par la radio principalement. Avec l'Association des Organisations Professionnelles Paysannes (AOPP) il organise régulièrement des bourses de céréales par le canal d'Afrique Verte. Le Réseau des systèmes d'information des marchés en Afrique de l'Ouest (RESIMAO) fédère huit SIM publics nationaux qui sont aujourd'hui en mesure de partager la plupart de leurs données sur une même plate-forme. MISTOWA a également développé un système d'information régional pour le commerce agricole (Lire accrochés sur le RESIMAO et le MISTOWA).


DE SERIEUX HANDICAPS A SURMONTER

L'information de marché est cependant fort complexe, en ce sens qu'elle recoupe de nombreuses variables qui ont trait, notamment, aux politiques économiques, aux lois et règlements, aux normes de qualité, aux cours des produits, aux disponibilités, aux coûts de transaction, de transport, aux systèmes de commercialisation. Et dans le contexte particulier de l'Afrique de l'Ouest, les systèmes d'informations de marché relatives à l'agriculture ont de sérieux handicaps à surmonter. En effet, les opérateurs économiques de base ne sont pas toujours impliqués dans la collecte des données ; et les statistiques que l'on peine à trouver sont, à leur diffusion, très souvent en net déphasage par rapport à la situation réelle qui prévaut. Ces informations qui sont rendues publiques, souvent à l'état brut et par le biais de canaux inappropriés, peuvent être difficilement exploitables par une bonne frange de leurs destinataires finaux.Qui plus est, il arrive qu'elles ne concernent, généralement, que le marché local et fassent l'impasse sur des éléments essentiels tels que les quantités des produits mis en vente, les coûts de transaction, les normes de qualité requises pour certains marchés. Rares sont les systèmes qui prennent exhaustivement en compte l'information scientifique, technique, institutionnelle, réglementaire, économique, commerciale et stratégique. Et ils sont, pour la plupart, dépendants de ressources extérieures pour leur mise en place et consolidation.


LES OBSERVATOIRES DE FILIERES COMME PALLIATIFS ?

Ces handicaps sont réels. Et c'est pour les aplanir que la CMA/AOC travaille depuis une dizaine d'années à la mise en place d'un système régional d'information de marché à même de répondre, de la manière la plus exhaustive et efficace possible, aux besoins des décideurs et acteurs du monde agricole en données actuelles et fiables à même de contribuer à l'amélioration de leur prise de décision. C'est en février 1996 que les Ministres de l'Agriculture de l'Afrique de l'Ouest et du Centre, réunis en session ordinaire à Yaoundé, ont pris cette option. Les conclusions et recommandations issues des études sur «  Les enjeux et les stratégies d'information de marché pour une agriculture compétitive et durable » depuis 1998 et sur « La mise en œuvre du système d'information de la CMA/AOC » de Juillet 1999 et l'atelier sur «  Les besoins en information des différents acteurs du secteur agricole »: d'août 1999, ont permis la prise en considération des préoccupations de l'ensemble des acteurs du monde agricole. Ces travaux ont abouti, après identification des besoins des systèmes, moyens et supports de diffusion existant, à la recommandation essentielle portant sur la mise en place et généralisation d'observatoires régionaux de filières agricoles et l'utilisation des moyens modernes de communication et leur combinaison avec les outils de masse (bulletins d'informations, radios, télévisions ). Le système d'information de la CMA/AOC , conçu sur cette base, sera adopté à Abidjan lors de la session ministérielle des 25 et 26 novembre 1999. D'ores et déjà , trois observatoires été mis sur pieds. Il s'agit de l'observatoire régional de la filière oignon basé à Niamey , au Niger et de l'observatoire régional de la filière racines et tubercules , dont le siège est à Bangui en république centrafricaine et de l'observatoire régional de la filière fruits et légumes dont l'assemblée générale constitutive a eut lieu à Conakry, en Guinée en fin novembre 2006. Et comme annocé à Conakry, par le coordonnateur de général de la CMA/AOC, M. Baba DIOUM, létude de faisabilité pour la mise en place du quatrième observatoire dédié au secteur du bétail et de la viande a déjà démarré. A son terme, ses instances seront mis en place dans le courant de l'année 2007.


BESOINS ET MOYENS DE COMPÉTENCES PLURIELS.

La création et la mise en place d'observatoires en Afrique de l'Ouest et du Centre répondent, de la sorte, aux impératifs de développement du système d'information de la CMA/AOC. Les observatoires à caractère régional sont destinés à renforcer les capacités de la cohésion des acteurs agricoles publics et privés et à alimenter le Système d'Information de la CMA/AOC en matière de données factuelles collectées par les organisations nationales de producteurs membres des observatoires en vue d'une fluidification des échanges de produits agricoles d'origine AOC. Selon le Coordonnateur Général de la CMA/AOC « la réussite d'une telle entreprise sera fonction de la promptitude et de l'engagement de chacun de ses membres à participer à la collecte, au traitement et à la transmission des informations. Ces informations sont celles détenues par-devers chaque acteur membre de l'observatoire qu'il faudra traiter, organiser et diffuser selon des règles établies. La CMA/AOC, à travers ses bases de données et son système d'information de marché mettra en partage, les informations ainsi recueillies dans les vingt pays membres par chaque observatoire et au-delà des frontières afin d'analyser l'offre et la demande ».

La CEDEAO est sur la même longueur d'onde que la CMA/AOC. En mars dernier à Abuja, à l'occasion d'un Atelier Régional sur le Plaidoyer placé sous son égide, elle a soutenu que les efforts actuels de développement des systèmes d'information de marché doivent être soutenus et conduire à une prise de décisions politiques effective. Le plaidoyer l'a fait notamment sur l'augmentation des budgets nationaux et régionaux alloués au développement des infrastructures nécessaires à un système d'information de marché (SIM) plus souveraine et efficace. Un système d'information de marché ou, par extension, un observatoire de filière, a assurément besoin de moyens et de compétences plurielles pour recueillir et analyser les données des marchés locaux et régionaux. Sa pertinence et son efficacité sont à la mesure de sa capacité d'élaborer des propositions pour lever des contraintes et saisir les opportunités ; de les soumettre là où il faut au moment où elles ont le plus de chance d'être suivies de décisions et d'actions et d'assurer le suivi de leur application. L'intensité et la régularité des échanges d'informations fiables et une large et permanente concertation sont, à cet effet, hautement requis.


PAR AMADOU FALL JOURNALISTE

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