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Démarcheurs de maisons et de parcelles à Ouagadougou : Gagner jusqu’à 300 000 F.CFA en un « deal »

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Dans la plupart des villes du Burkina Faso, il est aujourd’hui difficile de sillonner les artères sans remarquer aux abords des rues les tableaux qui fournissent des indications sur la disponibilité des maisons ou des parcelles à louer ou à vendre. A Ouagadougou et périphéries, l’activité de démarcheur de maisons et de parcelles a connu un essor fulgurant ces dernières années et fait vivre de nombreux jeunes.

Péripétie d’un business

L’activité de démarcheur de maisons a pris son envol véritable en 1998 à la faveur de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN’98) organisée par le Burkina Faso. L’événement a drainé nombreux étrangers dans la capitale burkinabè et l’infrastructure hôtelière n’a pas suffit à héberger tout ce monde. Des  Ouagalais en ont profité pour déménager de leurs maisons et les faire louer aux étrangers venus pour les 3 semaines qu’a duré la CAN. A cette époque, vue donc le nombre insuffisant de maisons en location à Ouagadougou, des jeunes proposaient à la fois aux étrangers et à certains burkinabè venus des autres villes, de leur trouver une maison moyennant une certaine somme. Et cette activité ne s’est pas arrêtée après la CAN. Bien au contraire, elle s’est développée de façon remarquable.

Des démarcheurs aux agences immobilières

Les démarcheurs de maisons et de parcelles se sont érigés au fil du temps en "agences immobilières" et exercent dans un secteur non structuré qui échappe à tout contrôle. L’activité en réalité, ne nécessite pas, pour ses débuts, de grands moyens matériels et financiers. Toutefois, un minimum d’équipements dont un tableau affichant les informations sur les maisons ou parcelles en vente ou en location, un téléphone portable pour être facilement joignable par le client, et un moyen de déplacement pour conduire le client vers l’appartement ou la parcelle à louer ou à vendre. Les démarcheurs qui ont, grâce à leur activité, se faire du profit ont "modernisé" leurs installations. On peut citer à titre d’exemple "Napace location", basé au secteur 29 de Ouagadougou, qui a un siège équipé de meubles et de matériels de bureau dont un ordinateur  et emploie deux secrétaires. Il ya également AIBY sur la circulaire côté Musée nationale, qui emploie près de 4 agents dont une secrétaire et 3 agents de terrain.

Pour décrypter l’expression « agences immobilières », on dira simplement qu’il s’agit des démarcheurs qui su se procurer un siège et qui paie des impôts pour la plupart. Le démarcheur, lui, n’a que son tableau fixé au bord d’une rue où il attend ses clients.

N’est pas démarcheur qui veut mais qui peut

Le démarcheur c’est d’abord celui qui a une très bonne connaissance du quartier où il exerce son activité. C’est également celui qui a une bonne relation avec des propriétaires de maisons et les autres démarcheurs du quartier. D’autre part, le démarcheur est censé avoir un répertoire de maisons disponibles pour la location ou pour la vente. Pour ce faire, il fait pratiquement la cour aux bailleurs pour obtenir des informations relatives à la disponibilité des maisons. De même, on garde le contact avec les anciens clients qui constituent aussi des sources d’informations. La collaboration entre démarcheurs est d’autant plus importante qu’elle peut offrir la possibilité à l’un, de satisfaire un client à partir des informations obtenues auprès de l’autre.

Des gains

Le principe consiste d’abord à faire payer par le locataire potentiel, la somme non-remboursable de 2 000 F CFA, représentant les frais de déplacement juste pour montrer la maison disponible. Si la maison n’est pas du goût du client, il lui est offert la possibilité de se faire visiter une deuxième, une troisième, voire une quatrième maison, sans frais cette fois-ci. Une fois que le client trouve la maison qui lui convient, il doit d’abord payer les honoraires du démarcheur dont le montant correspond exactement à la moitié du loyer mensuel de la maison en question. En clair, si vous voulez louer une maison de 50 000 F CFA par mois, il vous faut payer au démarcheur, d’abord la somme de 2 000 F pour son déplacement, et ensuite la somme de 25 000 F CFA, représentant la moitié du loyer. Après ces versements, votre interlocuteur devient le bailleur. Celui-ci exige la caution de garantie et de l’avance sur le loyer avant de vous céder les clefs de sa maison.

Le principe est le même pour les agences immobilières à la seule différence qu’elles vont souvent jusqu’à jouer le rôle des bailleurs. AIBY par exemple gère près de 100 locations appartenant pour la plupart à des burkinabè résidents en Italie et ayant investi au Burkina Faso dans l’immobilier. Ce géant est à la fois démarcheur et bailleur pour le locataire.

Pour ce qui est des parcelles, le gain du démarcheur est beaucoup plus substantiel : il représente 10% du prix de vente de la parcelle à verser par celui qui vend son terrain. Par exemple, pour une parcelle vendue à 2 millions de F CFA, le démarcheur devrait s’en tirer avec 200 000 F CFA, en plus d’une éventuelle récompense de la part de celui qui achète la parcelle. Ces principes sont exactement les mêmes chez tous les démarcheurs que nous avons rencontrés dans différents coins de rue de Ouagadougou. On peut dire que l’activité arrive, tant bien que mal, à nourrir son homme. Le temps des vaches maigres se situe autour des mois de juin, juillet, août et septembre, correspondant à la saison des pluies. Car très peu de gens déménagent dans cet intervalle de temps. Selon Justin Kaboré de la Patte d’Oie, qui ajoute qu’il peut passer 5 jours, une semaine entière, voire plus, sans "palper" le moindre kopeck dans l’activité. Toutefois, ajoute-t-il, "je peux gagner jusqu’à 50 000, voire 100. 000 F CFA en une seule opération". Même son de cloche chez Marcel Zera du secteur 29, qui se rappelle avoir réussi un coup de 300 000 F CFA, dans le démarchage d’une maison de 600 000 F le mois. Une somme qu’il a dû partager avec 2 autres démarcheurs qui avaient aussi été impliqués dans l’opération.

De l’arnaque

Pour ce qui est du démarchage de parcelles c’est un métier à très grand risque. Le souci c’est l’appropriation du PUH (Permis urbain d’habiter) et autres documents relatifs à la parcelle. Parfois l’acquéreur se voit fournir de faux documents en contrepartie d’une forte somme. Concernant le démarchage de maison, la vigilance doit être de mise également. Parfois une bande organisée loue une maison destinée à rester sans occupant. Ladite maison reçoit plusieurs visiteurs par jour qui paient des frais aux prétendus démarcheurs.

De la réglementation

Le ministère burkinabè de l’Habitat et de l’Urbanisme fait la promotion du logement et cela, à travers la DGPHL (Direction générale de la promotion de l’habitat et du logement) qui pilote le "Programme 10 000 logements sociaux". Le rôle de l’Etat ne va certainement pas être de supprimer la profession de démarcheur, mais plutôt de réunir suffisamment d’éléments pour réglementer au mieux ce secteur d’activité. Il serait judicieux de prendre de nouvelles mesures dans le sens de la défense des intérêts du citoyen locataire. Cela, pour empêcher par exemple aux bailleurs de procéder à des augmentations subites et intempestives des loyers. Tous ces aspects vont être sans doute pris en compte dans les textes sur la promotion immobilière en cours d’élaboration. En attendant, peut être faudrait-il que la municipalité attribue aux démarcheurs dignes de ce nom, une reconnaissance officielle, un titre qui va les distinguer des "faux-types" et des "voleurs" qui ternissent l’image du démarcheur ?


BAMBIO Z. François,
Investir-bf.info

Synthèse rédigée à partir des entretiens réalisés par Paul-Miki ROAMBA de Le Pays

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