Les activités des organisations chargées d'assurer le transport des marchandises du Burkina connaissent une récession à cause de la crise ivoirienne. Les camions sont au chômage car le corridor Burkina-Côte d'Ivoire, est impraticable. Conséquence, d'importantes quantités de marchandises burkinabè sont bloquées au port d'Abidjan. Pour en savoir davantage sur cette situation, les difficultés que vivent ces organisations et les pistes de solutions qu'elles envisagent pour y faire face, nous avons rencontré le 7 janvier 2011, le Directeur général (DG) du Conseil burkinabè des chargeurs (CBC), Ali Traoré et les responsables de l'OTRAF (Organisation des transporteurs routiers du Faso), notamment le secrétaire général (SG) Issoufou Maïga. Ces derniers font état d'un blocage de près de 20 000 tonnes de marchandises en Côte d'Ivoire.
Jadis considéré comme le meilleur corridor par les transporteurs burkinabè, l'axe Ouagadougou-Abidjan, n'attire plus la sympathie de ses usagers. La raison, la crise sociopolitique dont souffre la Côte d'Ivoire. Depuis l'éclatement de cette crise, le transport des marchandises par voie terrestre d'Abidjan vers le Burkina, connaît une rupture. Les véhicules de transport de marchandises ne circulent plus sur l'axe Abidjan- Ouagadougou. Cette situation a pour conséquence, le blocage d'une quantité importante de marchandises au port d'Abidjan. Selon le DG du CBC, Ali Traoré, dont la structure a pour principale mission de veiller à un approvisionnement régulier du Burkina en produits et marchandises divers dans les meilleures conditions, ce sont environ 20 000 tonnes de marchandises qui sont bloquées au port d'Abidjan à la date du 3 janvier 2011, à cause de la crise .
Mais cette situation, a-t-il dit, est plus facile à gérer par rapport à celle de 2002 où le Burkina avait 80 000 tonnes de marchandises au moment de l'éclatement de la crise. Selon le DG du CBC, les autorités du port d'Abidjan ont pris des mesures favorables en ce qui concerne les frais de magasinage et de pénalité, notamment. Il a précisé que le trafic des marchandises n'est plus possible par voie terrestre entre Ouaga et Abidjan. Il se fait uniquement entre Bouaké et le Burkina. Ce qui signifie que certaines marchandises seront, a-t-il fait savoir, convoyées au Burkina par le train dont le trafic a aussi connu des perturbations mais n'est pas interrompu. Certains importateurs ont des stocks importants de riz (5000 à 6000 tonnes) dont le transport est assez complexe, mais le CBC suit l'évolution de la situation, a confié M. Traoré.
14 000 tonnes de riz en souffrance
Il a indiqué que 14 000 tonnes de riz à destination du Burkina sont actuellement au port de Tema, dont le transport pose des problèmes à cause de l'insuffisance de camions- remorques. Lorsqu'il y a des difficultés au niveau d'un port, les importateurs réorientent les marchandises vers d'autres ports. C'est dans ce sens que certains ont, depuis quelque temps, a-t-il révélé, demandé que l'on bascule le trafic vers d'autres ports de la sous-région notamment ceux de Cotonou, de Tema et de Takoradi où les autorités sont en train d'agrandir les espaces pour accueillir plus de marchandises. Le Burkina a d'ailleurs vu juste en diversifiant ses sources d'approvisionnement à partir des ports. Malgré les difficultés, la représentation du CBC à Abidjan n'est pas fermée mais le nombre du personnel a été réduit.
La mission essentielle de ce personnel est le suivi du trafic et d'assurer l'acheminement des marchandises de la Côte d'Ivoire au Burkina dans les meilleures conditions en termes de coût, de célérité et de sécurité. C'est la même mission qui est assignée aux personnels présents dans les autres ports de la sous-régions et au niveau des postes frontaliers. Selon le DG du CBC, certaines sociétés de la place qui s'approvisionnent en matières premières en Côte d'Ivoire risquent de connaître une rupture si la crise perdure. Cela pourrait les obliger à se tourner vers d'autres pays avec les surcoûts que cela entraîne.
Mais le DG du CBC rassure : "Il n' y aura pas de rupture de produits, l'approvisionnement du Burkina n'est pas menacé mais il y aura des coûts supplémentaires pour certains produits. A titre d'exemple, la ville de Bobo-Dioulasso s'approvisionnait en hydrocarbures à partir d'Abidjan. Si elle doit désormais s'approvisionner à partir de Lomé, cela entraînera un surcoût à cause de la distance, qui risque de se répercuter sur le prix du litre d'essence. Il en sera de même pour d'autres produits". Il a souhaité que la paix revienne en Côte d'Ivoire car cela est très important pour la sous-région notamment le Burkina qui est relié au port d'Abidjan par un chemin de fer qui est très avantageux en termes de transport de marchandises.
Si le CBC a réduit son personnel au niveau du port d'Abidjan du fait de la crise ivoirienne, l'OTRAF se voit obligée de suspendre le trafic des marchandises de la Côte d'ivoire vers le Burkina. C'est avec amertume que les responsables de cette organisation constatent la paralysie de leurs activités et par ricochet, celles de leurs membres, les transporteurs. Selon le SG de l'OTRAF, Issoufou Maïga, la crise ivoirienne affecte durement sa profession.
"C'est avec amertume que nous subissons la crise ivoirienne, dit-il. Tous les membres de l'OTRAF ont peur de mettre leurs véhicules de transport de marchandises sur le corridor ivoirien. Personne ne veut emprunter aujourd'hui l'axe Burkina-Côte d'Ivoire, quel que soit le prix qu'on lui propose. Cela fait que beaucoup de marchandises environ 14 000 tonnes sont bloquées au port d'Abidjan (NDLR : état à la date du 27 décembre 2010)," a confié tristement M. Maïga. Pour lui, l'enlèvement de ces marchandises nécessite le déplacement de plus de 500 camions. Chose qui n'est pas possible à l'heure actuelle.
Des solutions
Mais des solutions existent pour assurer le transfert de ces marchandises de la Côte d'Ivoire vers le Burkina. Il suffit que les importateurs orientent leurs marchandises vers des zones sécurisées telles que les ports du Bénin, du Togo et du Ghana. Une fois que cela est fait, leur transfert vers le Burkina sera possible, a-t-il indiqué. Selon le SG de l'OTRAF, les pertes liées à la crise ivoirienne sont inestimables. Rien que le transfert des 14000 tonnes de marchandises de la Côte d'Ivoire au Burkina, constitue une somme très importante. Pour lui, l'approvisionnement d'un pays en marchandises est une chaîne dont les grands maillons sont les importateurs et les transporteurs.
Chacun de ces acteurs a un rôle important à jouer dans le transfert des marchandises d'un point à un autre. Et au regard de la situation qui prévaut en Côte d'Ivoire, chacun devrait, a-t-il souhaité, faire preuve de patriotisme pour un meilleur transfert des marchandises de la Côte d'Ivoire vers le Burkina. Cela est bien possible car les différents maillons l'ont fait en 2002 lors de l'éclatement de la première crise, se souvient-il. M. Maïga a souhaité que la Côte d'Ivoire retrouve la paix le plus tôt possible. C'est également le voeu des autres responsables de l'OTRAF.
Ali Traoré, DG du CBC "Trouver les meilleures solutions aux difficultés des opérateurs" "J'avoue que nous sommes inquiets par rapport à la situation mais nous prions Dieu pour qu'une issue rapide soit trouvée à la crise parce que toute la sous-région est concernée. Le CBC, pour ce qui le concerne, ne ménagera aucun effort pour soutenir les opérateurs économiques et pour aider à résoudre les problèmes qui vont se poser. Nous avons fait l'évaluation des marchandises par opérateur économique ainsi que les quantités de marchandises dans les ports. Le représentant du port d'Abidjan est là, Sitarail (société de transport ferroviaire) également avec lesquels nous travaillons pour trouver les meilleures solutions aux difficultés des opérateurs".





