La récente instabilité des marchés mondiaux des produits agricoles et alimentaires a révélé davantage la situation chaotique de l'agriculture africaine durant ces trente dernières années. En effet, la crise des marchés agricoles vient s'ajouter à une tendance, sur le long terme, à stagnation de la productivité agricole, avec comme conséquence une diminution de la disponibilité alimentaire par habitant au niveau du continent. La croissance de la production est inférieure à la croissance démographique exposant ainsi une grande partie des populations du continent à l'insécurité alimentaire. Les options de sortie sont très limitées. Elles ne reposent que sur l'exploitation des importantes potentialités agricoles. La révolution verte en Afrique passera forcément par la révolution des politiques agricoles.
L 'agriculture africaine occupe un peu plus de 60 % de la population active du continent. Elle contribue pour 17 % à la formation du PIB et contribue pour 40 % aux recettes d'exportation. L'Afrique est assurément un continent agricole. En effet, le continent dispose de 874 millions d'hectares de terres cultivables. Cependant, seul 12.6 millions d'hectares sont aménagés et irrigués soit 7 % des terres dont 3.7 % en Afrique Sub-saharienne et 40 % en Afrique du Nord. L'Afrique abrite 1200 barrages dont 50 % destinés à l'irrigation. Cependant, ils sont très inégalement répartis avec près de 60 % localisés en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Le continent n'utilise ainsi que 4% de ses ressources renouvelables en eau avec des capacités de stockage 35 à 60 fois moins importantes que dans les pays d'Asie et d'Europe . Les marges de progression de l'agriculture africaine sont ainsi plus larges que celles des agriculteurs des pays développés , du fait de la sous utilisation des potentialités, du faible niveau d'utilisation des connaissances et des innovations technologiques mais aussi de l'insuffisance des investissements dans ce secteurs stratégique.
LE CHALLENGE DE LA REVOLUTION VERTE
L'amélioration substantielle de la productivité agricole est le passage incontournable de l'agriculture africaine pour faire face à la demande importante en produits alimentaires des populations. En effet, les écarts de productivité par hectare sont 3 à 4 fois moins élevés pour les céréales, 20 à 30 fois moins pour les produits animaux par rapport aux pays des continents asiatique et européen. La révolution verte passe inéluctablement par le transfert des systèmes de connaissance et des innovations technologiques. En effet, la contribution de la génétique végétale à l'amélioration des rendements est de 28 % en Afrique Subsaharienne alors qu'elle est de 88 % en Asie. Des efforts importants doivent porter sur la recherche-développement dans le secteur agricole. Dans tous les pays, le développement de l'agriculture est fortement lié à l'utilisation importante des technologies améliorées. Loin d'être un défi insurmontable, la révolution verte est à la portée des agricultures du continent. Des cas de succès importants ont été observés en Afrique du Sud, au Kenya, mais également dans des pays du Maghreb comme la Tunisie où, grâce à des politiques volontaristes, les niveaux de production agricole ont été très fortement améliorés. La révolution verte passe également par un volontarisme des pays dans le financement de leur secteur agricole. L'avantage de l'Afrique est de pouvoir tirer les leçons et de capitaliser sur le développement non maîtrisé des agriculture du Nord notamment du point de vue des coûts environnementaux. Ainsi le continent pourrait asseoir une révolution verte mieux équilibrée et durable.
LA NECESSAIRE REVOLUTION DES POLITIQUES AGRICOLES
L'agriculture africaine a été en perpétuelle ajustement vis-à-vis d'options plus dictées par des logiques extérieures que par des choix endogènes. Une révolution verte durable en Afrique passe par la clarté dans les options et les choix stratégiques de développement du secteur agricole mais également par la mobilisation du financement moins aléatoire.
CLARIFIER LES ORIENTATIONS ET LES CHOIX DE PRODUCTION
L'agriculture a depuis longtemps été fortement influencée plus de l'extérieur que par les Etats africains. D'une agriculture vivrière familiale, elle est passée à une agriculture de rente fortement arrimée aux marchés d'exportation des matières premières.
L'embellie des filières d'exportation n'a pas duré. La part de l'Afrique dans le commerce international qui s'élevait à 6 % en 1980 est passée à 2 % en 2002. En effet, l'agriculture africaine peut difficilement entre en concurrence avec les agricultures des pays développés du fait des écarts importants de productivité. La révolution verte passe par la restauration de la vocation première de l'agriculture qui est de fournir des aliments en quantité et en qualité suffisante aux populations. Les enjeux sont relatifs à la maîtrise de l'eau et à l'aménagement des terres cultivables, au développement des infrastructures, au développement prioritaire d'un commerce intra-régional en exploitant les fortes complémentarités.
MOBILISER LES INVESTISSEMENTS DANS L'AGRICULTURE
Entre 1980 et 2000, les montants de financement alloués à l'agriculture représentaient environ 2000 millions de dollars US (année 2000) en Afrique, contre 3000 à 8000 millions de dollars pour les pays d'Asie et 10000 millions de dollars pour les pays à hauts revenus. En effet, au cours des trente dernières décennies marquées par les politiques d'ajustement structurel, la priorité a été donnée aux autres secteurs au détriment de l'agriculture. En 1998, la part moyenne de l'agriculture dans les dépenses publiques globales s'élevait à 5 % pour l'Afrique, contre 10 % pour l'Asie. Dans le cas de l'Afrique Subsaharienne, la part des dépenses agricoles dans les dépenses globales est passée de 6,3 % en 1990 à 4,6 % dans les années 2000. L'agriculture africaine ne peut nourrir sa population sans une mobilisation conséquente des investissements productifs dans ce secteur stratégique. Les orientations définies dans le Programme Détaillée de Développement Agricole (PDDAA) en Afrique constituent ainsi,à coup sûr,une première étape dans le développement de l'agriculture africaine. En effet, depuis les indépen dances, elles constituent la première initiative à l'échelle continentale marquant une volonté manifeste des états à prendre en charge le secteur. Cependant, le challenge important du PDDAA est relatif à la prise en compte des différentes spécificités régionales mais également des différentes agricultures. Il ne s'agit pas tant ici d'un transfert d'un modèle de production mais plus de réduction des écarts importants entre la petite agriculture familiale à faible utilisation d'intrants et à forte utilisation de main d'œuvre et l'agriculture intensive. L'agriculture africaine a de très fortes marges d'amélioration durable de la productivité agricole pour faire face à une demande croissante de produits alimentaires. Cependant, la forte croissance démographique au niveau du continent, la récente crise énergétique et l'instabilité des marchés des produits agricoles et agro-alimentaires montrent que les Etats Africains n'ont plus le choix, ni le temps pour les dilatoires et les résolutions sur le secteur agricole. Les stratégies à mettre en place doivent porter sur une option claire de développement de l'agriculture vivrière accompagnée de politiques volontaristes d'appui à la recherche et au transfert technologique mais également d'investissement pour améliorer la productivité agricole.
QUELQUES REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
• FAO, 2005. L'irrigation en Afrique en chiffres. FAO, Rapport sur l'eau
• FAO, 2006. Actuels et potentialités d'utilisation des terres arables en Afrique. FAO Terrastat,
• NEPAD, 2002. Comprehensive Africa Agriculture Development Program, 131 pages.
• Wambo A., Anseeuw W., 2005. Le NEPAD et le secteur agricole : Du PDDAA au développement concret de l'agriculture africaine, 29 pages.
- Par DR PAPA NOUHINE DIEYE, chef du bureau d'analyses macroéconomiques de l'institut sénégalais de recherche agricole





