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POLITIQUES AGRICOLES NATIONALES ET RÉGIONALES : Plaidoyer pour une mise en cohérence face aux chocs du marché

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Les politiques agricoles nationales et régionales de l'Afrique de l'Ouest sont passées à la loupe durant un atelier tenu à Ouagadougou du 16 au 17 décembre 2008 afin d'apprécier leur pertinence face à la hausse des prix qui a marqué les deux dernières années. Organisé par le Centre d'Analyse des Politiques Economiques et Sociales (CAPES), en réponse à une suggestion faite par le Premier Ministre Burkinabè, l'atelier a réuni des participants venus du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, de la Guinée, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo au nombre desquels on comptait des professeurs, des chercheurs, des cadres de ministères de l'agriculture et des représentants d'organisations de producteurs agricoles.

Après une cérémonie d'ouverture marquée par la présence d'une forte délégation gouvernementale, des communications ont porté sur l'historique et le bilan des politiques agricoles de la sous région, la revue des mutations en cours sur les marchés agricoles et l'analyse du contenu des documents de politiques agricoles spécifiques à chacun des pays représentés. Il est apparu dans les communications et les débats que les politiques agricoles n'ont jamais été réellement orientées vers l'accomplissement de la principale fonction de l'agriculture, à savoir l'alimentation des populations nationales et régionales. Les politiques nationales ont principalement servi le développement des cultures d'exportation tandis que les politiques régionales ont émergé en prélude aux négociations des accords de partenariat économique. Les participants à l'atelier ont ainsi souligné la nécessité de revisiter profondément nos politiques nationales et régionales afin d'assurer leur complémentarité et leur cohérence avec les mutations de marchés qui sont à l'origine de la crise alimentaire et de la flambée des prix des denrées agroalimentaires des deux dernières années.

Dans une communication centrée sur le caractère régional de la réponse appropriée à la crise, la CMA/AOC a souligné l'émergence d'une nouvelle dynamique de formulation simultanée et coordonnée des politiques aux niveaux continental, régional et national à travers le Programme Détaillé de Développement de l'Agriculture Africaine (PDDAA). Le PDDAA est en effet au cœur des efforts consentis par les gouvernements des pays africains à travers l'initiative de l'Union Africaine et du NEPAD. L'objectif fondamental du PDDAA est d'aider les pays africains à parvenir à une croissance plus que substantielle à travers une stratégie de développement impulsée par une agriculture viable qui permet d'éliminer la famine, de réduire la pauvreté et l'insécurité alimentaire et qui favorise l'accroissement des exportations. En tant que cadre opératoire commun pour le développement et la croissance agricole des pays africains, le PDDAA s'appuie sur les principes clés suivants :

  • Le principe d'une croissance impulsée par l'agriculture comme principale stratégie pour atteindre l'Objectif du Millénaire pour le Développement et la réduction de la pauvreté ;
  • La quête d'un taux de croissance sectorielle moyenne de 6% par an au niveau national ;
  • L'allocation de 10% des budgets nationaux au secteur agricole ;
  • L'exploitation des complémentarités régionales et la coopération pour relancer la croissance ;
  • les principes de l'efficience des politiques, de dialogue, d'évaluation, et de responsabilité, communs à tous les programmes du NEPAD ;
  • les principes de partenariats et d'alliances qui intègrent les communautés d'agriculteurs et des producteurs, celles de l'agri business et de la société civile ;
  • la mise en œuvre des principes attribuant des rôles et responsabilités de mise en œuvre des programmes à des pays particuliers ; ainsi que la coordination à des Communautés Économiques Régionales désignées ; et la facilitation au Secrétariat du NEPAD. Le PDDAA définit quatre domaines majeurs d'intervention ou « Piliers » dont le but est d'accélérer la croissance agricole, de réduire la pauvreté et de parvenir à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, en droite ligne avec les principes et cibles susmentionnés.
  • Pilier I : Accroître de façon durable les superficies cultivées par des systèmes fiables de maîtrise de l'eau ;
  • Pilier II : Améliorer les infrastructures rurales et les capacités commerciales pour faciliter l'accès aux marchés ;
  • Pilier III : Augmenter les approvisionnements en produits alimentaires, réduire la famine, et améliorer les stratégies d'intervention en cas d'urgence alimentaire ;
  • Pilier IV : Améliorer la recherche agricole, l'adoption et la diffusion des technologies. La communication de la CMA/AOC a également porté sur les activités qu'elle mène dans le cadre de son mandat de facilitation de la formulation et de la mise en œuvre du Cadre d'Amélioration desInfrastructures Rurales et des Capacités Commerciales pour Faciliter l'Accès aux Marchés (FIMA) sous le pilier 2 du PDDAA. Ce cadre spécifique du pilier 2 définit une stratégie pour le développement de l'agrobusiness africain caractérisée par une intégration effective des petits et grands producteurs dans les chaines de valeur agricoles stratégiques, grâce à l'exploitation des complémentarités régionales et des opportunités de marchés, l'amélioration des infrastructures et de la compétitivité, le développement des chaines de valeur et de l'accès aux services financiers et le renforcement des capacités techniques et commerciales des producteurs agricoles et commerçants.

En fin d'atelier les participants ont manifesté le vœu de pérenniser cette rencontre des chercheurs et cadres des ministères de l'agriculture afin d'animer une réflexion continue sur la pertinence et la cohérence de nos politiques agricoles nationales et régionales face aux enjeux actuels et futurs.

 

PAR Sunday Pierre ODJO, Expert en politique agricole et commerce international

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