L'idée de produire et de commercialiser la gomme arabique du Burkina Faso a été lancée en 1996 par le Gouvernement qui, avec l'appui de la coopération belge a mis au point un projet de développement de cette espèce forestière dans l'optique de générer des revenus supplémentaires pour les populations sahéliennes.
Au Burkina Faso,en effet, la demande annuelle de gomme arabique, utilisée principalement dans l'industrie agroalimentaire et pharmaceutique, estimée à 80.000 tonnes n'est couverte qu'à hauteur de 60% actuellement. Les données montrent que les peuplements naturels d'acacia Senegal au Burkina s'étendent sur environ 286 000 ha, pour environ 15 millions de pieds. Potentiellement, il s'agit là d'une ressource économique estimée à 4500 tonnes par an qui pourrait contribuer à hauteur de 1,25 milliards à l'économie nationale. Il convient de noter que les statistiques ne sont pas produites de façon régulière et sont en deçà de la réalité, en raison des exportations clandestines vers les pays voisins du Burkina où les prix sont plus rémunérateurs.
Evolution de la filière gomme arabique
La gomme arabique est la production d'un arbuste de peuplement naturel, épineux, appelé Acacia senegal. Le Soudan est le premier producteur mondial de cette matière suivi du Tchad, du Niger, du Nigeria, du Sénégal et du Mali. Au Burkina Faso, l'inventaire et cartographie des peuplements naturels de l'Acacia senegal localise la gomme arabique entre les parallèles 12° et 15° Nord. La distribution géographique s'étend sur 24 provinces, c'est-à-dire toute la bande Nord allant de la province des Banwa à l'Ouest, à la province de la Tapoa à l'Est du pays. Elle couvre une superficie estimée à 286 769 ha.
La production de gomme varie entre 100 et 300 grammes par arbuste. On a un potentiel de production annuelle qui se situe entre 1500 tonnes et 4 500 tonnes. Seulement, les exportations connues et enregistrées sont de l'ordre de 100 tonnes en 2004, soit un taux d'exploitation de 22%. Les utilisations de la gomme arabique sont diverses ; les feuilles de l'acacia senegal est un fourrage très apprécié des animaux ; le bois est un combustible ; la gomme soigne les dermatoses ; elle est également utilisée pour la réfection des toits et le carrelage des sols ; elle entre dans l'alimentation sous forme de bouillie pour les enfants. Son importance commerciale est surtout due à son utilisation industrielle : en effet, la gomme est utilisée comme additif alimentaire dans la confiserie, la pâtisserie, la stabilisation des sodas et autres boissons et plus récemment dans l'alimentation diététique. La gomme a une toxicité nulle, ce qui accroît son intérêt pour les industriels de l'alimentation. Elle est aussi utilisée comme adjuvant dans l'imprimerie, dans la peinture, dans la teinture des textiles. Les cours mondiaux du premier choix peut atteindre 2 500 $ la tonne pour les offres des pays hautement professionnels de la filière comme le Soudan. Pour le Burkina, les prix à la tonne varient autour de 1000 $ la tonne du fait la faible qualité du produit offert.
Les contraintes à la gomme arabique
Les acteurs de la filière sont les groupements de collecteurs organisés ou non, les intermédiaires étrangers notamment les Nigériens, les exportateurs nationaux regroupés autour de l'Association des Exportateurs de la Gomme Arabique (APEGA). La filière souffre d'une faible maîtrise des techniques de production de produits de qualité, des prix peu rémunérateurs, d'un manque d'organisation efficace. Comme contraintes principales on peut signaler :
*La production commercialisable est encore récente au Burkina Faso comparativement aux pays voisins concurrents comme le Niger, le Mali ou le Sénégal et le Soudan où s'est développée une véritable filière gomme arabique depuis des années. Au Burkina Faso, l'exploitation et la collecte de la gomme se font avec un taux d'impureté pouvant atteindre 40% selon les exportateurs. De ce fait le « label » burkinabé pour l'instant dans la filière est celui d'un offreur de faible qualité comparativement aux autres pays. Ce qui a une incidence sur prix d'achat à la baisse.
*La jeunesse de la filière fait qu'elle manque de structures organisationnelles efficaces à l'instar du coton, avec un pouvoir de négociation. Le marché Burkinabé est dominé par un ou deux acheteurs étrangers dont les prix d'achat découragent les acteurs de la filière. Aux producteurs, il varie entre 250 F et 300 F le kg, aux exportateurs après épuration, il oscille entre 450 F et 600F le kg.
*La pénibilité du travail de récolte de la gomme exige des nombreuses formations sur les techniques de récolte, de conservation, de tri, de la pratique des saignées sur les arbustes que les organisations à la base n'ont pas le plus souvent.
Les potentialités de la gomme arabique
Elle se situe à deux niveaux principalement, le renouveau de la filière, et l'existence d'un marché international en croissance.
*L'intérêt de la gomme quoi que récent indique l'existence de niche de produits exploitables. L'expérience des pays voisins peut être mise à profit par les exportateurs nationaux. Des coopérations peuvent être tissées entre les organisations de ces pays pour favoriser un écoulement de la production à un prix plus rémunérateur. Le Mali et le Niger, bénéficient d'une meilleure labellisation de leur offre par rapport au notre. L'Etat ou les services techniques peuvent renforcer cette coopération au profit des acteurs nationaux.
*Le marché international de la gomme arabique ira croissant du fait de ces multiples applications et de sa toxicité nulle. Ce faisant les populations des zones difficiles comme le Nord du Burkina ont une source certaine de revenus. Si des efforts sont faits au niveau de la qualité en réduisant considérablement le taux d'impureté, les cours seront négociés à la hausse au bénéfice des acteurs de la filière.
- BAMBIO Z. François,
- Investir-bf.info





